Une histoire du crime dans le Finistère (1811-1910)

Vengeances des orgueils bafoués, crimes de miséreux, parricides ou bourreaux d’enfants… Des faits de violence secouant la société finistérienne, l’on peut dégager les thèmes universels de la haine, de l’honneur, de la folie, de l’amour contrarié. Mais l’on peut aussi vérifier dans les dossiers d’archives judiciaires l’influence de la misère ou de l’alcool sur le passage à l’acte criminel.

Loin d’être une épopée du crime, cette étude sérieuse et passionnante ouvre une fenêtre inédite sur les mœurs et les mentalités bretonnes.

Illustrée d’exemples concrets, cette histoire du crime dans le Finistère est attrayante et se lit aisément tout en apportant une réflexion sur la violence et la criminalité au-delà du fait divers.

Écrire une histoire du crime n’est pas une tâche aisée. Son auteur doit bien évidemment éviter l’écueil d’une relation sans filtre de faits divers crapuleux, sanguinolents ou racoleurs, indigestes pour le lecteur et sans intérêt intellectuel. L’approche de l’histoire du crime par le canal des archives judiciaires doit se fonder sur une étude de la violence dans une population donnée, ici celle du Finistère, et sur un temps défini, le dix-neuvième siècle jusqu’au tournant du vingtième, période de la pénétration de la modernité dans le département, dans un contexte de transformation des normes communautaires du monde rural. Enfin l’étude devra être mise en perspective avec l’évolution du droit et des pratiques procédurales dans le premier siècle du fonctionnement de la cour d’assises, implantée en 1811 ; ceci justifie le bornage de cette étude (1811-1910), qui exclut la période bouleversée de la Révolution et de l’Empire.

Une telle histoire du crime, si l’on soutient la gageure, devrait alors permettre d’ouvrir une fenêtre sur les usages et les mentalités dans le département, tant en zone rurale qu’urbaine. Elle devrait permettre également de suivre la normalisation des conduites ou d’observer les résistances à l’action de la justice pour adoucir les moeurs.

Les Finistériens sont-ils des sauvages au xixe siècle ? La lecture de quelques rapports des hauts magistrats, stigmatisant la brutalité sans limites des bas-bretons, le laisserait croire. L’alcool abreuve et décuple la violence finistérienne, assurent-ils d’une même voix sur la période que nous étudions. C’est incontestable. Mais cet alcool semble être aussi parfois l’arbre qui cache la forêt… Les élites n’essaient pas toujours de donner un sens, une signification au comportement des accusés. Elles sont rarement capables d’envisager les contraintes mentales et émotionnelles de gens frustes et le plus souvent analphabètes. Rappelons qu’en Bretagne, le taux d’accusés illettrés est le plus élevé de France : en 1880 encore, 66% des accusés finistériens sont illettrés, comme 62% dans le Morbihan et 57% dans les Côtes d’Armor, contre une moyenne française de 30%.

La courte étude que nous entreprenons n’est donc pas une épopée du crime. Il s’agit de dégager des faits de violence secouant la société bretonne les thèmes universels de l’amour, de l’honneur, de la folie, mais aussi de marquer l’influence de la misère ou de l’alcool comme détonateurs de cette violence. L’on cherchera à comprendre l’instant où l’individu bascule, où il commet un acte irréversible. Certes, à trop vouloir donner sens à l’acte criminel, l’on risque d’oublier son irrationalité, mais l’on ne minorera pas dans ces pages la force des passions humaines, parfois entrelacées, de la jalousie, de la haine, de la vengeance, facteurs intemporels du passage à l’acte. Car finalement, ne s’agit-il pas de rechercher, dans l’apparente marginalité de ces criminels, notre part d’humanité ?